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BOOGIE WOOGIE PIANO : la scene française
par André HOBUS

Pour parler d'école, il faut un lieu, un maître et des élèves, voire des disciples. Paris réunit ces critères et il est à remarquer que les pianistes de boogie blues qui incorporent le plus d'autres influences résident effectivement dans le restant du pays : Philippe LEJEUNE pour Toulouse ou Jean Péon GARVANOFF à Limoges. Le maître ? Memphis SLIM. Après les tournée de reconnaissance et son séjour parisien prolongé aux " Trois Maillets "(1962-1963) en compagnie de Willie DIXON (réduit ici au rôle de contrebassite entertainer), le pianiste se fixera dans la capitale, d'où il rayonnera jusqu'à sa mort en 1988. Le succès mondial de son " Everyday I have the blues ", son passé historique prestigieux et sa brillante technique rapide en font un véritable aimant pour les pianistes français désireux d'apprendre et d'approfondir leurs connaissances. Ils seront deux, principalement (Jean Paul AMOUROUX et Philippe LEJEUNE) qui enregistreront avec le maître. Le premier revendique un héritage classique apprit dès l'adolescence avec, peut être, une prédilection pour Pete JOHNSON. Au cours des ans, il se consacrera entièrement à son art, non sans difficultés financières graves. Il profite de bonnes occasions parisiennes pour se frotter avec succès aux collègues étrangers de passage -par exemple sa complémentarité avec l'organiste US Milt BUKNER est remarquable. Il incarne une sorte de tradition aristocratique du collectionneur amateur, et son jeu, respectueux des maîtres, tend de plus en plus au fondamentalisme du genre. Son forte ? Les tempos moyens bien marqué de basses. Sa présence annuelle au festival de Paris, tant comme participant de haute tenue que comme hôte distingué de jams conviviales, l'après midi, en appartement privé, en fait un précieux gardien du temple. Il en va de même pour son collègue et ami Jean Pierre BERTRAND, organisateur notamment des " Nuits Jazz & Boogie ", lui aussi fortement influencé par Memphis SLIM, mais dont le style pourrait être qualifié de plus 'lyrique', moins austère que celui d'AMOUROUX, ne serait-ce que par le choix de titres extraits du répertoire jazzy-pop (" Cerisiers roses et pommiers blancs ", " les roses de Picardie ", par exemple) ou familiers à la mémoire (" Sheik of Araby, " Caldonia "). Avec Jean Pierre BERTRAND, on peut chantonner plus facilement, voire accompagner des mains alors qu'AMOUROUX favorise le respect et l'écoute. Tous deux, cependant, se veulent être des instrumentaliste à 100% - l'essence même du boogie - et s'ils varient les plaisirs avec divers accompagnements (de la section rythmique au big band avec un vocal occasionnel d'un accompagnateur ), ils sont avant tout des solistes individuels - excusez la redondance. Philippe LEJEUNE nous semble plus intéressant par son approche pluraliste. Mais c'est mon age (plus de 50 ans !) et mon évolution personnelle qui me font écrire cette remarque. Bien plus jeune, je l'aurais rejeté. Et pour cause : pianiste de Jazz de formation, le toulousain s'est lui aussi frotté au boogie via les disque et la présence de Memphis SLIM en particulier, qu'il abordé en technicien mais aussi en bon élève.. Cependant, c'était dans le but d'élargir sa vision, approfondir ses connaissances et colorer d'avantage sa palette personnelle. Ses prestations publiques et discographiques révèlent largement ses choix et sa culture éclectiques traduits en compositions personnelles ouvertes sur ces influences. Avec " Blue Monk " par exemple, Thelonis MONK n'est pas le seul jazzman à figurer à son répertoire blues boogie et de par ses voyages américains (Chicago, Houston, Detroit…) et les enregistrements qui parfois en résultent, il s'engage de plus en plus dans une synthèse fructueuse des genres qu'il ne fusionne pas (encore ?). A mon point de vue, c'est ce qui fait son originalité mais aussi lui permet de garder l'oreille des amateurs de boogie d'obédience plus stricte.Si on se tourne vers des précurseurs de la scène française actuelle, on trouvera d'autres jazzmen : un Jean Péron GARVANOFF, fou de mythologie du chemin de fer et qui, dans cet esprit, a enregistré des boogies essentiels ou un Claude BOLLONG, véritable père fondateur du mouvement français qui par son LP solo de boogies woogies classiques (1955) a donné goût à de jeunes français, avant de se consacrer au ragtime et à diverses orchestrations. D'autres pourraient être cités (un Michel LEGRAND par exemple) mais qui n'ont pas poursuivi dans cette voie et n'ont pas suscité de vocations. Enfin, une énigme pour moi : qui esr Eric GEMSA (= j'aime ça ? ?) dont le LP instrumental de Rock'n'Roll joué en boogie me paraissait n'être destiné qu'aux supermarchés et danseurs mais qui fait preuve d'une solide technique quoique répétitive. Discographie Sélective : Philippe LEJEUNE : " Night Train " RealBody Jazz LP 38001 · Philippe LEJEUNE : " 100% blues & boogie woogie " Honky Tonk HT 106 · Philippe LEJEUNE : " Live at Blue Moon " Black 'n' Blue 59218-2 · Philippe LEJEUNE : " Chicago non stop " FD music 152152 · Jean Paul AMOUROUX : " Piano solo " Marcal JA 9409002c · Jean Paul AMOUROUX : " And friends " MDCD 201 · Jean Paul AMOUROUX : " + Milt BUCKNER " Black & Blue 59217 · Jean Paul AMOUROUX : " Orchestral boogie vol 1&2 " Barrelhouse 9891 · Jean Pierre BERTRAND : " Mes années '40 " Honky Tonk HT 107 · Jean Pierre BERTRAND : " Nashville Rendez-vous " USA Boogie-Blues CD 7292 · Eric GEMSA : " Special Boogie Woogie " Carrère CA 612 - 63122

Voir aussi :
Boogie-woogie.org
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