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Rapide historique du boogie-woogie
par Webmaster
Il y a longtemps sur des pianos, des mains noires lui donnaient le jour…
C'est Clarence "Pinetop" Smith qui fit naître le mot "Boogie Woogie" en enregistrant en 1928 son célèbre "Pinetop's Boogie Woogie". A la suite de cet enregistrement, cette expression désigna ce style de musique très caractéristique.
Le Boogie Woogie semble être né au tout début du 20ème siècle dans le sud des Etats Unis.
En ce début du 20ème siècle, le sud des Etats Unis était peuplé de nombreux ouvriers noirs qui construisaient les lignes de chemin de fer, qui travaillaient comme bûcherons ou dans les scieries. Souvent logés dans des campements itinérants du fait de leur activité, ils se divertissaient dans des baraques en bois ou de vieux wagons aménagés en tripots, les "Barrelhouses" ou les "Honky Tonks". Là ils pouvaient boire, jouer de l'argent, fréquenter des filles de joie et danser. Pour cela, des musiciens, essentiellement des pianistes circulaient de barrelhouse en honky tonk et jouaient toute la nuit pour simplement le gîte et le manger (mais aussi pour de l'alcool!).
La crise aidant, ces ouvriers migrent progressivement durant les années 20 à 30 vers les grandes villes industrielles du Nord (Chicago par exemple).L'industrie n'assurant cependant pas la fortune de tout le monde, de nombreuses familles organisaient des "House Rent Parties". Il s'agissait de soirées dansantes payantes où l'on trouvait nourriture, alcool et musique. Les pianistes itinérants des circuits des barrel houses trouvèrent naturellement un débouché à leur activité. Le Boogie avait quitté le monde rural du sud pour le monde industriel du Nord.
Durant ces quelques années, le style se construit, se mûrit, de nombreux pianistes tels Pinetop Smith ou Jimmy Hancey contribuèrent à populariser cette musique.
Mais ce n'est qu'à partir de 1938 que le Boogie Woogie prit ses lettres de noblesse auprès du grand public. A New York a été organisé le premier concert "From Spirituals to Swing" au Carnegie Hall. Le boogie s'écoute alors et se danse partout, on en parle dans la presse, on l'entend à la radio, on enregistre des disques, le public blanc découvre cette musique.
Ces concerts, organisés par John Hammond, firent découvrir les grands pianistes que furent Albert Ammons, Pete Johnson & Meade Lux Lewis. C'est cependant à partir de cette période que le boogie devint plus commercial. De nombreuses formations de jazz inclurent des boogies à leur répertoire. Cette musique a également été sponsorisée par l'état américain pendant la seconde guerre mondiale car il fallait maintenir le moral des troupes. C'est ainsi que les Andrew Sisters firent carrière.
D'un point de vue stylistique, les premiers pianistes des barrelhouses devaient faire danser les gens sans accompagnement, sans rythmique, pour que cela coûte moins cher. Ils ont donc développé un style de musique qui inclus à la fois la rythmique (main gauche dans les graves) et la mélodie (main droite dans les aigus).
Les mélodies sont au départ constituées de Riff (petites phrases courtes, percutantes, qui imitent parfois la guitare ou le saxophone). Ce n'est qu'à partir des années quarante que des thèmes populaires tels "Swanee River", "You are my Sunshine" ou "The Sheik of Araby" seront adaptés en boogie.
La rythmique quant à elle, constituée par la main gauche, se présente sous la forme de basses répétitives. La structure musicale est généralement de 12 mesures.
Les mouvements rapides de la main gauche qui produisent un effet hypnotique sont fréquemment mis en opposition avec les rythmes toujours changeants de la main droite, il en résulte un mouvement très dynamique de rythmes entrecroisés.
Avec l'apparition du Rock'n'Roll, le blues et le boogie woogie déclinent progressivement à la fin des années 50. De nouveaux styles musicaux émergent, captivent la jeunesse à peine libérée de la seconde guerre mondiale.
Les pionniers disparaissent (Ammons, Johnson, Lewis, etc…). Avec la guerre, la culture US s'est développée en Europe, la jeunesse découvre cette musique et commence à l'apprécier. C'est ainsi que de nombreux musiciens US vinrent terminer leur carrière en Europe ( Memphis Slim, Sammy Price par exemple).
De ce fait, de nombreux musiciens blancs européens purent mûrir leur passion auprès de ces monstres sacrés.
Aujourd'hui la plupart des musiciens de la "grande époque" ont disparu. Mais le boogie woogie est bien vivant et se développe en Europe avec de jeunes pianistes blancs. Les français Jean Paul Amouroux, Jean Pierre Bertrand, Philippe Lejeune, les allemands Axel Swingenberger, Vince Weber, Frank Mushalle, le suisse Silvan ZINGG, les autrichiens Michael Pewny, Günther Straub, Martin Pyrker, etc…
De nombreux artistes produisent des disques, de nombreux concerts et festivals ont lieu en France et en Europe. Il y a récemment un revival de la musique swing au Etats Unis avec des groupes comme Big Bad Voodoo Daddy ou le Brian Setzer Orchestra. Les danseurs sont également un bon vecteur pour développer cette musique, avec le Lindy Hop, le Jitterburg, le Boogie qui fleurissent au sein des écoles de danse et dans de nombreuses soirées.
Pour approfondir votre culture boogistique, vous pouvez toujours vous plonger dans le très complet ouvrage de Peter J. SILVESTER "A Left Hand Like God - The story of Boogie Woogie" en langue anglaise.
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