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BOOGIE WOOGIE PIANO : la scene européenne
par André HOBUS

A l'occasion du 13ième anniversaire du festival international de Paris, qu'il nous soit permis de nous pencher sur la place qu'occupe le piano boogie woogie en Europe. Essayons d'en discerner les tendances, les maîtres et d'éventuelles écoles propres à certains pays. Le phénomène en tous cas, est original: pourquoi est-ce la vielle Europe qui préserve, enregistre et encourage même les praticiens d'un genre pratiquement éteint aux États-Unis, tant chez les afro-américains (surtout) que chez les blancs? Sans remonter aux origines et au développement du genre - que nous examinerons dans un autre volet - contentons nous d'en déceler la naissance chez nous. A l'instar de l'envolée de l'harmonica blues en Californie, grâce à l'immigration de vieux maîtres de Chicago, le piano boogie doit son essor européen à l'émigration ou à l'installation semi permanente de pianistes de blues qui ont choisi notre vieux continent soit en réaction au racisme ambiant (Eddie BOYD), soit à cause du succès rencontré auparavant auprès des amateurs de jazz (Memphis SLIM, Willie MABON, Little Willie LITTLEFIELD). En effet, c'est dan cette catégorie musicale mise en valeur par des cercles; des sociétés et des clubs que l'on retrouve l'origine de l'intérêt pour le boogie woogie alors que celui ci se retrouvait dans d'autres genres parfois sous une forme basique ou diluée mais ne suscitant pas la recherche. Citons des exemples. Quand en 1957 le rock 'n' roller Billy Lee RILEY interprète chez SUN son futur classique "Flying saucer rock 'n' roll", l'accompagnement pianistique de Jerry Lee LEWIS s'inscrit dans la mouvance et l'esprit boogie. Et le même Jerry Lee LEWIS, auteur en 45T de "Lewis boogie" et de "In the mood" de Glenn MILLER produit deux boogies presque exemplaires quant à la forme. Or la focalisation des fans - j'emploie le mot jeune à dessein - se fait sur la vedette, non sur la nature de la composition et n'engendre donc aucune investigation de ce type alors que le pianiste chanteur memphisien sera pillé et deviendra à lui seul une référence essentielle. Il en va de même pour la country music ou le western swing, pourtant proche du jazz. Qui s'est soucié de connaître la provenance de la technique employée par Bobby MIZZEL, Roy HALL, Moon MULLICAN ou, l'exemple parfait, Merrill E. MOORE, l'Amos MILBURN première manière de la country - R'n'R? Un rapide sondage auprès de pianistes boogie renommés aux festivals de Paris faisant apparaître que même un Bob SEALEY (73 ans et blanc) n'avait jamais entendu parler du swingster de San Diego qui au début de '50's, plaçait de nombreux hits pour Capitol! Seuls un Charlie BOOTY ou un Carl "Sonny" LEYLAND (au jeu proche de Moon MULLICAN) le connaissaient mais ne pouvaient expliquer pourquoi personne ne reprenait des morceaux et j'intriguais sérieusement un spécialiste de bogie…. Mais centré sur Albert AMMONS. Donc c'est via le blues et les big bands que les sociétaires verront leurs recherches stimulées, à partir du moment où ils s'intéressèrent - très vite - aux musiciens composant ces orchestres. Lionel HAMPTON ou le "Dorsey's Boogie" (même Dave MYERS, l'ex bassiste des légendaires Aces de Chicago le Joue!) feront plus pour le style que le "Lewis" boogie que nous évoquions plus haut. Parce que l'amateur de jazz, par essence adulte et généralement intellectuel (il suffit de jeter un coup d'œil à la sophistication, voire à l'abstraction artistique des pochettes) est doté, bien souvent, d'un esprit curieux et d'un coté collectionneur qui le poussent à la compréhension, donc à la recherche, comme beaucoup de peintres et de sculpteurs non figuratifs, de l'épure originelle dans les arts dits "primitifs". (voyez Brancusi pour les Cyclades, Giacometti pour l'Afrique centrale… et tant d'autres). Or donc, la connaissance et la pratique sont empiriques (disques, concerts, clubs et bulletins d'infos). Jusqu'il y a peu, les très officielles académies de musique n'enseignaient que la "grande". Cependant, les pianistes qui ont "viré de bord" (Axel ZWINGENBERGER, Jean Pierre BERTRAND, Michael PEWNY….) ont du revoir toutes leurs exceptions, la position du corps, le doigté…. et surtout le feeling, étant à l'opposé de l'enseignement classique. On imagine mal le "Reine Elisabeth" (Concours belge mondialement connu") du boogie couronné d'un grand prix Pete Johnson ! Nous connaissons des lauréat de conservatoire - jeu et composition - atteints d'illettrisme devant une partition simplissime d'Otis SPANN, comme des archéologues déchiffrant des hiéroglyphes plutôt que de leur donner du sens! Par contre le séjour parisien de Memphis SLIM entraînera émulation et disciples (Jean Paul AMOUROUX, Philippe LEJEUNE…..), comme George SMITH (hca) en compagnie de William CLAKE et Rod PIAZZA. C'est un collectionneur hollandais, Martin Van Olderen, qui se faisant promoteur, invitera les premiers pianistes afro-américains dans son pays et qu'un Rob AGERBECK, pianiste de jazz, gagnera le prix jazz Avro comme "Roi du boogie woogie" en 1956 et 1958. A Londres, le "Club 100", repaire du dixieland acceptera des bluesmen pianistes comme Bob GROOM, Bob HALL d'infatigables défenseurs du genre (le premier devenant un vrai promoteur de bluesmen). Pour ces amateurs éclairés, l'idée même d'atteindre les racines de leur musique (le blues n'étant que difficilement accepté comme un genre en soi mais l'origine du jazz) fait que les pianistes afro-américains (Little Brother MONTGOMERY, Jay McSHANN, Sammy PRICE….) rencontreront tant de succès. Que dire alors du style barrelhouse d'un Speckle Red ou d'un Piano Red, véritables représentants vivants de la protohistoire du genre. Après tout, le guitariste, chanteur acoustique, cela allait de soi! Big Bill BROONZY se présentait avec quelque malice, comme le dernier des bluesmen! (sous-entendu: les vrais!). C'est ainsi qu'à l'écoute va succéder la pratique, comme nos groupes locaux de blues se veulent être les pendants européens des maîtres américains, à cette différence majeure que les modèles originaux des pianistes européens étaient encore en action, même si la génération fondatrice qui à codifié le style était bien sûr chronologiquement hors d'atteinte. Le Rhythm'n Blues aussi reste attractif dans une certaine mesure. Bâtard d'entre les bâtards, il trouve mal sa place entre les amateurs de jazz boogie woogie et les tenants du R'n'R. Par trop type et "commercial" - insistons sur les guillemets - il est rejeté de part et d'autres, obligeant ses pianistes à réaliser des choix de carrière rapides et contraignants. Pour Amos MILBURN au boogie dynamique rhabillant ses titres de cuivres et d'une batterie marquée; accentuant le beat dansant, combien d'autres chanteurs ne relèguent-ils pas le piano à un simple accompagnement fluide? Exit un équivalent de Pete JOHNSON chez Big Joe TURNER ou un Harry Van Walls confiné aux studios et arrangements (bien plus lucratifs, d'ailleurs), un Lloyd GLENN en demi-teintes entre jazz et boogie. Mais l'ancrage européen de Little Willie LITTLEFIELD assurera la relève, Mike SANCHEZ (Big Town Playboys) s'en inspire fortement et bon nombre de praticiens locaux, principalement les hollandais puisqu'il y est établi, y enregistre et s'y est même marié, lui sont redevables d'une partie de leur technique.

Voir aussi :
Boogie-woogie.org
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