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5ième FESTIVAL INTERNATIONAL de BOOGIE de LAROQUEBROU
par Jean Michel IGNARD (Paris)
Chronique du 5ième Festival International de Boogie Woogie de LAROQUEBROU
(Jean Michel IGNARD)
Les 14,15 et 16 août 2003, le Boogie-Woogie a rythmé la vie du pittoresque bourg du Cantal qu'est Laroquebrou. Ces après midi et nuits (hors des concerts) furent remplies de Jam-Sessions étonnantes, où de nombreux pianistes jouèrent des Boogies passionnés, créant par la même une ambiance très chaude et sympathique.
Pour les concerts, étaient programmés, entre autres, cinq jeunes pianistes qui se produisaient pour la première fois en France: Christian BLEIMING (allemand), Martijn SHOCK (néerlandais), Christoph ROIS (autrichien), Ricky NYE (américain), Stefano FRANCO (italien).
Christian BLEIMING, au swing éblouissant, fit revivre les styles des années 30 et 40 avec une grande maestria, et fut encore plus impressionnant en Jam-Session (dans les bars) notamment dans "Six Wheel Chaser" et dans 2 duos à 4 mains avec Michael Pewny.
Martijn SCHOK joua des thèmes personnels et des standards du Boogie, avec créativité, souplesse, fraîcheur, un swing renversant et beaucoup d'humour. Avec Martijn, l'excellente chanteuse Greta HOLTROP interpréta, dans une belle présence spectaculaire, des blues lents et rapides (grande complicité avec le pianiste et ambiance très chaleureuse).
Christoph ROIS nous plongea dans les musiques de Pete Johnson, Albert Ammons et Meade Lux Lewis, avec une aisance et une souplesse exceptionnelles, avec humour et créativité, résultat: explosion de swing! De plus, sur les Blues (où il excelle aussi) il plaça de remarquables alternances de main gauche Stride et Boogie.
Ricky NYE (chanteur et pianiste) offrit un répertoire varié, avec des Boogies explosifs, des Blues inspirés et des morceaux de Rythm & Blues New Orleans, le tout avec une belle inventivité, une présence excitante et de l'humour. Après ses nombreuses apparitions à Bruxelles ces dernières années (avec Renaud Patigny et Carl Sonny Leyland), il confirme la grande étendue de sons talent.
Stefano FRANCO, sans être un spécialiste du Boogie Woogie, fit preuve d'une grande virtuosité au piano, agrémentée d'un swing puissant et de beaucoup de fantaisies dans les improvisations. Il montra beaucoup de présence sur scène, et avec de l'humour. Dans l'ensemble, son jeux de main gauche se rattache au Boogie, alors que son jeu de main droite est plus proche du style Middle Jazz (Teddy Wilson, Art Tatum).
Trois autres pianistes firent aussi impression dans ce festival: Michael PEWNY (autrichien), Guillaume PETITE (parisien) et Philippe LEJEUNE (toulousain).
Michael PEWNY, étincelant pianiste viennois, nous à gâté avec des Boogies enfiévrés et des Blues somptueux, s'appuyant sur son très solide jeu de main gauche pour nous faire partager des envolées aiguës et stridentes à la main droite, le tout étant pimenté de riffs obsédants avec de remarquables montées de tension: du grand art!
Guillaume PETITE (chanteur et pianiste), que l'on avait apprécié naguère à Paris dans une fin de concert à 2 pianos et 8 mains avec Big Joe Duskin, Jean Paul Amouroux et jean Pierre Bertrand, réalisa un programme varié avec d'impressionnants Boogie, proches du Rythme & Blues et des Blues rugueux (à l'arraché), il est un Puncheur très efficace, pour la voix comme pour le piano.
Philippe LEJEUNE nous livra son interprétation personnelle et passionnée de standards de Jazz, de Boogie Woogie et de Blues, avec un grand swing souple et une splendide inspiration, prolongeant les investigations musicales d'un Ray Briant avec beaucoup de maestria. De plus, il anima (les après midi) les stages Master Class de formation de pianistes en style Boogie.
Lors de ces concerts, des duos à 2 pianos constituèrent des breaks explosifs, avec notamment J.P Amouroux, C. Bleiming, Martijn Schok, C. Rois, M. Pewny. De même, les fins de concerts (à 3 pianos et à 10 mains) montrèrent l'aspect et le son orchestral que peut avoir le Boogie, avec des myriades de dialogues explosifs, avec de nombreux riffs (phrases musicales répétées) bourrés de swing, ceci s'amplifiant encore lorsque trompette et saxo ténor se joignaient aux pianos.
Le Rhythm and Blues fut représenté par le JOEY's BOOGIE BAND (quartet belge) et par le jamaïcain Errol DIXON.
Le JOEY's BOOGIE BAND, qui a une excellente cohésion musicale entre ses membres, offrit un programme hyper-swingant, mettant en valeur les grands talent d'improvisateur de Filiep KETELS (le pianiste, chanteur et leader) et de Dirk VANDAMME (le guitariste), ainsi que la sobriété exemplaire et efficace de la rythmique, basse – batterie, et cela aussi bien dans les Blues, les Boogies et les morceaux de Rythme & Blues.
Errol DIXON, très puissant au piano et à la voix, interpréta des morceaux variés, du tempo lent (avec voix à l'arrachée) au tempo médium (où se déchaînèrent sa voix et son jeu de piano avec main gauche Boogie et main droite Bluesy) le tout dans un style très incantatoire, représentatif des origines du Blues et du Boogie, ce qui fut spectaculaire.
Pour le BLUES, Jeff ZIMA (des U.S.A.) et les DUMOUSTIER STOMPERS (du sud ouest de la France) en montrèrent deux aspects.
Jeff ZIMA (vocal, guitare), américain vivant en France, nous offrit un splendide concert de Blues authentique, aux basses roulantes (Jean Paul Amouroux l'accompagnait au piano, en formant avec lui un duo très cohérent). Ces Blues, "à fleur de peau", avec leurs rythmes syncopés obsédants, créèrent une atmosphère festive très appréciée par le public.
Les DUMOUSTIER STOMPERS, en ouverture du festival, mirent en place un climat Jazz-Blues très excitant, avec leurs Blues de type New Orleans, avec un son d'orchestre très proche du King Oliver de 1923 et avec un swing omniprésent. La chanteuse de ce groupe rendit de beaux hommages à Bessie Smith.
La DANSE était bien présente à ce festival: Mister PHIL (claquettes), Isabelle ROUX (Claquettes) et les danseurs de l'école de danse FRED' DANSES de Montpellier (Frédéric VERON).
Mister PHIL démontra sa virtuosité éblouissante à la danse claquette (Tap Dance), sur des rythmes Boogies fournies par Jean Paul Amouroux au piano (quel duo!), avec de nombreux breaks propices aux improvisations rythmiques fulgurantes de ce danseur.
Isabelle ROUX (de Clermont Ferrand) exécuta aussi de superbes danses-claquettes, avec fantaisie, swing accentué, et avec le soutient de l'excellente rythmique. De plus, elle assura des stages de claquettes les après midi.
Pendant la plupart des prestations de ce festival, sur deux podiums contigus à la scène, les 10 danseurs de l'école FRED' DANSES e Montpellier se produisirent, montrant leur énorme talent, leur dynamisme explosif, en harmonie parfaite avec les musiques jouées sur scène. Le public apprécia fortement.
Deux groupes parisiens présentèrent leur show spectaculaire: SWEET SYSTEM et les GIGOLOS.
SWEET SYSTEM est un trio vocal féminin, bourré de swing et d'humour, qui, malgré l'absence d'instrumentistes sur scène (car diffusion d'orchestres enregistrés), eut un très bon contact avec le public, grâce à une présence très dynamique sur scène à un bon répertoire de standards des années 30 et 40, et à une mise en scène à l'humour prononcé.
Les GIGOLOS (septet swing avec trompette, trombone, saxophone ténor, guitare, piano, contrebasse et batterie) dynamitèrent la salle avec leur mise en scène remplie de fantaisies farfelues et de gags, avec leur swing intense, leur grande cohésion, ainsi que par la très bonne qualité des arrangements et improvisations, et les hommages vibrants à Louis Prima (4 musiciens sont aussi chanteurs)
Sont à mentionner les musiciens qui accompagnèrent certains pianistes et qui ont participé aux finales de chacune des 3 soirées: Boss QUERAUD (trompette, toujours en verve de swing), Jacques MONTEBRUNO (saxo ténor, improvisant superbement et avec nuances), Jacky BOYADJIAN (solide contrebassiste au slap ravageur et vocaliste inspiré) et François REAU (batterie, au rythme très accentué et spectaculaire). Ces musiciens donnèrent à leur participations les couleurs d'un swing éclatant.
Pendant ces trois jours, et hors des concerts, des Jam-Sessions eurent lieu dans les bars et restaurants de Laroquebrou, aussi bien l'après midi qu'après 2 heures du matin. Sur les pianos installés dans ces établissements, de nombreux pianistes amateurs jouèrent des Boogies enfiévrés, transmettant ainsi l'ambiance du Boogie dés l'après midi. Il y eut même des morceaux à 4 mains comme par exemple avec Michael Pewny et Christian Bleiming.
De plus, des groupes de Blues se produisirent l'après midi sur la place centrale et dans les bars: chaude ambiance assurée. La nuit, après 2 heures, les Jam-Sessions se tenaient aussi dans les bars et dans le restaurant. Dans ce dernier, les pianistes professionnels jouèrent (à 2 ou 4 mains, sur 2 pianos) encore des Boogies non-stop jusqu'à 6 heures du matin, dans une ambiance très décontractée et conviviale, illustrant (comme me l'a dit Greta Holtrop) la "Grande famille du Boogie Woogie".
Transmettons une grande reconnaissance aux organisateurs de ce festival, pour ces magnifiques musiciens, et aussi pour les écrans géants, la sonorisation bien réglée, l'accueil sympathique et la bonne organisation.
Et encore bon anniversaire à Jean Paul Amouroux qui vient de fêter ses30 ans de carrière PianoBoogistique!
…en attendant l'édition 2004 du festival qui devrait nous apporter d'autres joies aussi intenses.
Jean Michel IGNARD
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