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Les Fleurons du Boogie-Woogie Autrichien
par Jean-Michel IGNARD

Depuis les années 70, l'Autriche a vu de jeunes pianistes de talent s'adonner à leur passion: le Boogie Woogie. Cette évolution est parallèle à celle constatée en Allemagne (par exemple Hambourg et Vienne entretiennent de nombreux échanges boogiestiques: rencontres stimulantes entre pianistes de ces deux villes). Parmi ces pianistes autrichiens, certains sont déjà venus en France, où ils ont pu jouer à quatre mains avec des pianistes français (Jean Paul AMOUROUX, Jean Pierre BERTRAND), il s'agit de Martin PYRKER, Günther STRAUB, Joachim PALDEN, Michael PEWNY, Tibor GRASSER, et le trio CLEMARIC. Martin PYRKER, né à Vienne le 27 Août 1954, étudie le piano, en autodidacte. Son répertoire de compose de boogies et de blues inspirés: il recrée des styles de piano issus des années 20 et 30, en les personnalisant, notamment grâce à son toucher qui produit un son perlé. Son jeu, empreint de sérénité, au swing souple et au phrasé aéré, est rempli d'authenticité. Il pratique plusieurs sortes de boogies: le style Kansas City "boogie drive" [3], le boogie medium à teinte Chicago "Gettin' up again" [3] "She's a god gal" [3], la rolling basse "Boogie rolls on [3]", le double tempo si sautillant "Cow cow blues" [2], "Boogie on the rocks" [2], "If you lose your money" [2], "Pickin' up speed" [1], le boogie gorgé de riffs bluesy "Nothin' but boogie" [2], "Meade Lux special" [2], le shuffle à effet de dialogue (réponses quasi-vocales et subtile utilisation des silences, sur "Hardtop special" [1]) Dans le blues, il retrouve le mood de Jimmy YANCEY, avec cette poésie low down: "How long blues" [3], "Blues for Albert" [3], "Two o'clock blues" [1], "Turn my back on everybody [1]. Il rend hommage à un autre grand pionnier des années 20: Montana TAYLOR, dans "I can't sleep" [3], "Indiana avenue stomp" [3]. Avec la chanteuse britannique Jo-Ann KELLY (quel art du blues !) Martin PYRKER fait preuve d'un grand talent d'accompagnateur: Ses contrechants pianistiques sont très low-down et montrent un dialogue remarquablement mis en place avec la la vocaliste: "It's whoopee" [2], "2:19 blues" [2], "Lowdown dog blues" [2], "B.D. woman" [2] en témoignent. Martin PYRKER fut très apprécié aux nuits Jazz et Boogie (Lutétia" de 1990, en solo, et dans son duo avec le pianiste néerlandais Rob AGERBEEK. Günther STRAUB, né à Vienne le 4 décembre 1957, offre un jeu de piano souple, swinguant et nuancé, où l'o trouve aussi bien des blues lents que des boogies médium ou rapide. En duo avec Hames JARIS (autre pianiste autrichien), il fait montre d'une cohérence et d'une complémentarité exemplaires (impression parfois d'un pianiste qui aurait quatre mains), sur un répertoire axé sur le boogie: "Boogie time" [4] (feu d'artifice, avec nombreux riffs obsessionnels), "Sunday's baby stomp" [4] (en hommage aux rencontres de Ammons - Johnson Lewis), "Me and you" [4], "Boogie woogie jump" [4] (avec mains gauches stimulantes et originales), "The walking bass" [4] (à double tempo enfiévré), "We play boogie" [4], "Boogie woogie kiss" [4] (aux dialogues pianistiques très inspirés). Le duo avec Jean Pierre BERTRAND nous présente aussi une belle connivence entre les 2 pianistes: très swinguants hommages aux rencontres Ammons - Johnson "Cuttin' the boogie" [5], "Barrelhouse boogie" [5], "Paris Vienna boogie" [5], deux standards boogiefiées à merveille avec un effet orchestral très bien rendu: "Swannée river" [5], "Lady be good" [5], un bogie en souplesse avec nuances "Cow cow boogie" [5], ainsi que deux blues intimistes avec sonorité orchestrale "How long blues" [5] & "Blues for Annick" [5]. Deux shuffle en piano solo complètent sa participation à cet album: "Baby's blues" [5] proche de Pete JOHNSON avec un style en "dentelle de christal" et "Running away" [5] où le swing souple fait merveille. Günther a participé avec succés et brio aux Nuits Jazz et Boogie de 1989 à 1999 où il interprèta des thèmes de sa plumes (blues en hommage à Albert AMMONS, boogie à riffs endiablés à la Meade Lux LEWIS), ainsi que le Jimmy's rocks de Jimmy YANCY, tout cela avec brio et succés. Joachim PALDEN est né le 8 janvier 1960 à Vienne dans une famille imprégnée de blues (concerts, disques). Il fut le co-fondateur du Mojo Blues Band (orchestre de blues autrichien, qui est l'un des meilleur d'Europe et qui a accompagné Johnny SHINES, J.B. HUTTO, Joe CARTER, Eddy CLEARWATER, Sunnylannd SLIM, etc…). Son style est incisif à souhait, avec une main gauche très solide et une main droite variée, mèlant des riffs à la Pete JOHNSON ou à la Albert AMMONS avec des improvisations inspirées de Otios SPANN. Il adore interpréter avec un ou deux sax "velus", des boogies orchestraux au punch dévastateur: "Sax blowin' boogie" [7], "Blues train" [9]. Le tallent de dialogue, qu'il manifeste si bien en orchestre, est aussi développé pour la rencontre avec une chanteuse: l'italienne Etta SCOLLO (au timbre de voix très bluesy) dans "The right time" [8], "Scat boogie" [8], "You got it now" [8], "I feel so good" [8], "Love is a gamble" [7], "Feel the way I feel" [7], "Give it up daddy" [7], ou Dana GILLESPIE (voix de punch et de swing) dans "My man stands out" [9], "One track mind" [9], "No one" [9],"Empty bed blues" [9], "St Louis blues" [9], "I want you to be my baby" [9] (clin d'œil à Louis JORDAN). Au piano, Joachim marie parfois habilement dans un même morceau les style de Kansas City et de Chicago: "Vienna stomp" [6]. Son drive révèle des traces de : Pete JOHNSON "Scat boogie" [8], "Be baba beba boogie" [7], "Doing the boogie woogie" [7], d'Amos MILBURN "Amos blues" [8], d'Otis SPAN: "No moon tonight" [8], "Love, love, love" [8], "Bumble bee" [8], "Boogie woogie for Spann" [9] (à la tension insoutenable). Il manifeste une énorme vitalité rythmique: "Boogie for Lafayette" [7], "Bump on a log" [7], "Boogie woogie stomp" [6], "Roll'em Pete" [6]. Les interprétations qu'il donne de blues lents, à fleur de peau, sont aussi réussies: "Feel the way I feel" [7], "Back door man blues" [7], "E+H blues" [7]. Il se produisit (avec Dana GILLESPIE) aux Nuits Jazz & Boogie à l'hôtel Lutétia, prestation où ses divers talents furent mis en valeur. Michael PEWNY est né le 11 novembre 1963 à Vienne, joua du piano à 6 ans, puis se forma pour le boogie de manière autodidacte à partir de 1978. Il visita 2 fois les U.S.A: 1985 et 1987 (concert à Storyville Jazz Hall). Avec autant d'aisance, il interprète, d'une manière très authentique, des blues lents ou medium, des boogies medium ou rapides. La vigueur rythmique remarquable (alliage de mordant et de souplesse) est à l'œuvre dans : "Chicago stomp" [10], "Hamp's boogie woogie" [10]. Avec son feeling personnel, il retrouve le style de Pete JOHNSON: "Vienna boogie" [10], "Rolling boogie" [10], très incisif, avec riffs dialoguants et rebondissants, celui d'Albert AMMONS "Chicago stomp" [10] à la plénitude épanouie, et celui de Meade Lux LEWIS "Bear cat crawl" [10], "Honky tonk train blues" [10], "Meade on mind" [11], "Papa's boogie" [11] dans le genre shuffle déchaîné. En tempo très rapide, "No time without booige" [10] est une merveille de swing. Sur le blues, son aisance est aussi impressionnate: "Mr Freddy blues"²[10], "Back to Harlem" [10], "How long blues" [10], "Jimmy's rocks" [11], "Slow stomp" [11], "Midnight crawl" [11], avec un phrasé inspiré en partie par des pianistes des années 20 et 30 (Jimmy YANCEY) notamment). Il joue très brillamment le boogie à double tempo: "M and M boogie" [11] et demeure un excellent accompagnateur: avec la chanteuse Dana GILLESPIE "Come on if you're coming" [11], ou avec un saxo "Sax man shuffle" [11], "Hometown groover" [11], "Kansas City man blues" [11]. Il a réalisé une adaptation en boogie très réussie d'un classique de la country music: "San Antonio rose" [11]. Michael s'est produit, à l'automne 1991, avec Jean Pierre BERTRAND (à 2 pianos), à l(hôtel Latitudes (Paris): rencontres très stimulantes et explosive, qui vit aussi la participation très brillante de Jean Paul AMOUROUX: un nouveaux boogie woogie trio ! Tibor GRASSER, né à Vienne en 1970, vu à Paris (Hôtel Lutétia) le 24 février 1996, un des plus jeunes brillants pianistes de boogie autrichiens, donne le meilleur de lui même dans les style de Kansas City: rythmes stridents et alternance de riffs inspirés et incantatoires, dans la prolongation de Pete JOHNSON et de Jay Mc SHANN. Le TRIO CLE-MA-RIC (Composé de Clemens VOGLER, Markus BRANDL et Richard LOIDL, jeunes pianistes de région de Salzbourg) swingue gaiement le boogie avec une complexité phénoménale. Leur humour explosif enrobe parfaitement leurs boogies et leurs blues avec un son "orchestral" très homogène, et leur donne des "ailes" (Cf le piano à queue "boogiefié" suspendu à une montgolfière survolant le lac St Wolfgang, ce qui donne une troisième dimension à ler musique). Christoph ROIS (qui fut aussi pianiste du Mojo Blues Band) retrouve avec bonheur les styles des années 1930's, et son swing très souple et très bluesy, allié à une grande inventivité, fait de lui un remarquable pianiste de boogie. Les Autrichiens apprécient particulièrement ces pianistes, mais il faudrait citer également Hannes JARIC, Christian DOZLER, Stefan KOS, qui particiepent aussi avec brio à la scène boogiestique autrichiènne. DISCOGRAPHIE: ¨ Martin PYRKER ¨ [1] "Boogie Woogie session in Vienna" (1976) EMI-Columbia 058-33190 ¨ [2] "It's whoopee" (~1977) EMI-Columbia 058-33206 ¨ [3] "Return to the blues" (1980) EMI-Columbia 056-33244 ¨ "Great boogie woogie news" (1995) (4 moreaux) CD Document 7001 ¨ Gunther STRAUB ¨ [4] "We play boogie"( + Hannes JARIC) (1979) Polydor 900 001 ¨ [5] "Paris Vienna boogie" (+ Jean Pierre BERTRAND) (1990) CD Café Society 4890 ¨ [6] "Magic Boogie" (1998) CD Honky Tonk 108 ¨ Joachim PALDEN ¨ [6] "Boogie woogie piano contest" (4 morceaux) (1977) Polydor 2664.404 ¨ [7] "Be-baba-beba-boogie" (+ Etta Scollo, voc) (1982) EMI-Columbia 04 33287 ¨ [8] "Scat boogie" (+ Etta Scollo, voc) (1983) Comumbia 1333211 ¨ [9] "Boogie-woogie nights" (+Dana Gillespie, voc) (1990) CD WOLF 120.950 ¨ "Big Boy" (+Dana Gillespie, voc) (1992) CD WOLF 120.951 ¨ Michael PEWNY ¨ [10] "Vienna boogie woogie" (1988) CD Bellaphon 290.31.026 ¨ [11] "Left hand roller" (+Dana Gillespie, voc) (1990) CD Bellaphon 290.31.017 ¨ "Boogie on my mind" (1992) CD Bellaphon 290.31020 ¨ "Movin' to Chicago" (Morceaux) (+Al Cook, voc) (1998) CD SUSY SR 01 ¨ "Crazy 'bout boogie" (1996) CD Bellaphon 290.31.031 ¨ "And Friends : 20 Years Jamboree" (2000) SUSY SR 02 ¨ Tibor GRASSER ¨ "Great Boogie woogie news" (1995) (6 morceaux) CD Document 7001 ¨ "Kansas City bounce" (1998) CD Document 7005 ¨ CLE MA RIC ¨ "Shake the lake!" (1999) CD GEMA

Voir aussi :
Boogie-woogie.org
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